UNE RÉPONSE AUX ÉVÉNEMENTS À PARIS PAR LE COLLECTIF HYSTERIA

THE HYSTERIA COLLECTIVE

Des explosions, des attaques, des assauts et des conflits armés ravagent le monde. La « communauté internationale » répond, comme prévu, en affichant sa solidarité avec Paris – la ville d’amour – qui a été attaquée par un acte de haine. La « communauté internationale » prie pour Paris. Les chefs d’États du monde entier ont fait des déclarations en urgence – pour Paris. Les utilisateurs de Facebook changent leur photo de profil– pour Paris. Les parisiens sont marqués « en sécurité » par Facebook et les hashtags les plus utilisés sont affichés—pour Paris. ‘Tout le monde’ semble vouloir agir et réconforter les parisiens. ‘Tout le monde’ souhaite s’impliquer à cette collective pour montrer qu’ils font partie du ‘peuple’. Quelques voix nuancées se sont exprimées mais n’ont pas fait du bruit face à l’opinion dominante. Est-ce surprenant ?

Le choc qui domine les réseaux sociaux et l’actualité suite aux événements de Paris suggère à une fuite. Une fuite de la mort, de la violence et du désordre qui touchent une partie du monde et sa population, endroits où tout cela est bien « normale » et « à sa place », à une autre où ce n’est pas le cas. Par conséquent, l’acte de violence perpétré en Occident est plus fortement médiatisé que la myriade d’événements abominables ayant lieu en perpétuité ailleurs. Ceci n’est pas une excuse mais plutôt une illustration de l’inégalité systématique qui existe au sein des rapports nationaux et internationaux. Ce qui manque bien sûr de la couverture médiatique quant à Paris est le fait que c’est précisément cette violence que les réfugiés fuient– pour eux cette guerre n’est pas nouvelle. Nous sommes devenus tellement habitués à une violence contenue aux « justes endroits », que la réalité quotidienne de cette violence est devenue complément invisible.

Suite aux attaques de Paris, deux groupes ont été construits discursivement dans le débat public : d’un côté « l’Autre » : musulman, racialisé, et de l’autre, le nationaliste blanc de l’extrême droite. La notion libérale auto-satisfaisante de répondre avec « l’amour, pas la haine » et l’insistance que « les musulmans ne sont pas tous comme ça », serve à se distancier de l’extrême droite par ce genre de auto-purification ambiguë. Néanmoins, il ne faut pas être aveugle face à la rhétorique libérale qui tire ses origines des mêmes idéaux que ceux l’extrême droite–idéaux qui poussent à afficher des symboles nationaux partout en criant « liberté, égalité, fraternité ! ». Idéaux qui cadrent l’actualité en termes d’un « choc de civilisations ». Une réflexion menée autour des attentats de Paris nous montre donc que se battre contre l’extrême droite est contre-productif si l’on ne se batte pas en même temps contre la rhétorique national libérale.

De plus, il existe de plus en plus une dépolitisation dangereuse dans la rhétorique de guerre émise par les chefs d’États occidentaux (avec M. Hollande en premier). Cette rhétorique rend le terme ‘terrorisme’ complément neutre. L’usage de ce terme est fondé sur le principe de la haine pure et irrationnelle – la violence commise par des fanatiques obsédés par la mort, cultivant des croyances haineuses dans des cercles religieux obscures. Mais comment le mot ‘haine’ peut-il effacer le poids des traces de l’histoire – les causes incrémentales mais considérables qui ont nourri cet appétit horrible de provoquer la terreur ? Le terme ‘la haine’ nous hantera tant qu’il continue à nous empêcher de voir l’histoire sous-jacent menée par notre « l’amour » des nos nations, nos frontières, nos croyances, qui ont, conséquemment, nourri l’haine.

Les conséquences ? Intensification du sentiment anti-immigrant (ce qu’on observe d’ores et déjà) ; intensification de la surveillance (ce qu’on observe d’ores et déjà) ; intensification de l’action militaire au Moyen-Orient (ce qu’on observe d’ores et déjà).

 

Paris brûle et les frontières ferment

Paris brûle et les avions de chasse sont envoyés

Paris brûle et la France instaure un état d’urgence

Paris brûle et François Hollande « à de plus en plus l’image d’un président de guerre »

Paris brûle et personne ne parle de Calais

Paris brûle et « 5000 balles sont tirées à Saint Denis »

Paris brûle et David Cameron fait son plaidoyer pour la guerre

Paris brûle et une femme juive est poignardée, prise pour une femme musulmane

Paris brûle et une jeune femme voilée est agressée à des coups de couteau en sortant du métro à Marseille

Paris brûle et je vois des visages bruns partout dans l’actualité et les synapses dans mon cerveau déclenchent les mots ‘terroriste’ ‘bombardier’ ‘extrémiste’ ‘tueur’

Paris brûle et je vois des visages blancs couverts en bleu, blanc et rouge et je me sens comme s’ils ont tracé une ligne dans le sable et que je l’ai traversée

Paris brûle et je vois des maisons sans fenêtre et des chambres d’enfants perquisitionnées dans « ces foyers sombres qui nourrissent le terrorisme »

Paris brûle et les médias ne parlent plus de la mort des migrants

Paris brûle et je sais que « nous sommes ici parce que tu étais là-bas »

Paris brûle et je ne pense qu’aux ‘migrants’ qui mourront à cause d’exposition ou de noyade ou de famine cet hiver. Ils ne seront pas souvenus par « 1 victime, 1 tweet » – « Restaurateur. Un jeune acteur » « Un garçon gentil, #enmémoire ».

 

Mais Paris ne brûle pas du tout. On ne tue pas des « Hijabs », on tue des être humains. On ne lutte pas contre le terrorisme, on soutient l’impérialisme et le capitalisme et le sexisme. Nous mordons nos langues pour s’empêcher de crier et le sang remplit nos bouches : il a le goût du pétrole amer qu’on n’arrive pas à cracher.

Malise RosbechComment